Le gouvernement guinéen a haussé le ton ce lundi 23 février 2026 face à la multiplication des expulsions de ses ressortissants établis en Allemagne. Le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger, Dr Morissanda Kouyaté, a officiellement convoqué le Chargé d’Affaires de l’ambassade d’Allemagne pour exiger un arrêt immédiat des opérations de rapatriement.
Cette crise diplomatique tire son origine d’un protocole d’accord relatif à la coopération migratoire, signé en 2018 et entré en vigueur en février 2019 sous l’ancienne administration.
Selon les autorités actuelles, l’application de cet accord pose aujourd’hui de graves problèmes de respect des droits fondamentaux.
Une « pause » pour réévaluer l’accord
Le chef de la diplomatie guinéenne a été très clair : Conakry souhaite une suspension des vols de rapatriement afin de procéder à un réexamen complet de la convention.
Tout en réaffirmant le respect de la souveraineté de chaque État, Dr Morissanda Kouyaté a souligné que la dignité des citoyens guinéens ne saurait être négociable.
« Si nous avions été aux responsabilités à l’époque, nous n’aurions jamais signé cet accord », a martelé le ministre, tout en précisant que le gouvernement actuel a « résisté » durant quatre ans à l’application intégrale de ce texte malgré les pressions internationales.
La décision de geler les expulsions fait suite à des témoignages alarmants de compatriotes rapatriés faisant état de conditions de traitement dégradantes et de problèmes de santé graves.
Vers une commission d’enquête paritaire
En réponse à ces préoccupations, une commission d’enquête sera prochainement mise en place. Sa mission sera d’évaluer la régularité des procédures d’expulsion et les conditions de transport des migrants.
Du côté de la représentation diplomatique allemande, le Chargé d’Affaires a pris acte de la position guinéenne.
Bien qu’il ait rappelé que l’Allemagne agit dans le cadre de son système judiciaire et législatif, il a exprimé une ouverture au dialogue.
La partie allemande ne s’oppose pas à la création de cette commission d’enquête, y voyant un moyen de lever les zones d’ombre, tout en mettant en garde contre la « désinformation » circulant sur les réseaux sociaux.
L’enjeu pour Conakry est désormais de purger la relation bilatérale de ce que le ministre qualifie de « partie toxique » de la coopération, afin de ne maintenir que les aspects positifs du partenariat entre la Guinée et l’Allemagne. En attendant les conclusions des travaux de la future commission, le dossier migratoire entre les deux nations reste en suspens.
Alphadjo Diallo






