À Conakry, les inquiétudes sur la conjoncture économique se multiplient dans un contexte international et national jugé préoccupant. Lors d’une conférence de presse tenue mardi 17 mars 2026, l’activiste de la société civile et membre du Forum civil guinéen, Ibrahima Balaya Diallo, a mis en lumière les effets conjugués de la guerre au Moyen-Orient et des tensions de liquidité observées dans le système bancaire guinéen.
Intervenant dans le cadre d’échanges portant notamment sur les droits civils et politiques à l’approche des élections du 24 mai, ainsi que sur la souveraineté alimentaire, l’acteur de la société civile a alerté sur la vulnérabilité de l’économie guinéenne face aux chocs extérieurs.
Une dépendance aux importations fragilisée par la crise au Moyen-Orient
Dans son intervention, Ibrahima Balaya Diallo a insisté sur la forte dépendance de la Guinée aux importations, rendant le pays particulièrement exposé aux perturbations du commerce international liées aux tensions géopolitiques.
« Nous ne sommes pas étrangers à ce qui se passe de l’autre côté […] puisque tous nos produits de consommation sont des produits importés, donc tributaires du marché international. Or, aujourd’hui, avec la crise au Moyen-Orient, le corridor qui permet la fluidité du transport des marchandises pose problème », indique-t-il, à l’entame de ses propos.
Selon lui, ces perturbations logistiques risquent d’accentuer la pression sur les prix des denrées et produits de première nécessité.
Face à cette situation, il appelle les autorités à adopter des mesures anticipatives, notamment en collaboration avec les opérateurs économiques.
« Il faut s’approcher d’eux. Il faut leur offrir des avantages fiscaux et douaniers, ne serait-ce que temporaires», propose-t-il.
L’activiste préconise également la constitution de stocks stratégiques afin de limiter les effets de la rareté sur les prix.
« S’il y a un stock suffisamment important dans le pays, on sait que les prix n’augmenteront pas. Parce que c’est la rareté qui va faire le prix finalement », a expliqué M. Diallo.
Pour lui, il s’agit avant tout d’« un problème global, mais qui nous concerne quelque part », appelant à une prise de conscience des autorités et des acteurs économiques.
Une crise de liquidité aux causes jugées structurelles
Au-delà des facteurs externes, Ibrahima Balaya Diallo a également évoqué la crise de liquidité observée ces derniers mois en Guinée, qu’il attribue à des déséquilibres internes du système financier.
« La chose économique, c’est toujours un principe de confiance. Je crois qu’il y a eu des erreurs économiques que nous avons commises », admet-il.
Plus loin, Ibrahima Balaya Diallo met notamment en cause les relations financières entre l’État et les banques commerciales, évoquant des emprunts publics dont le remboursement ne serait pas suffisamment fluide.
« Si maintenant, il y a un emprunt de l’État vis-à-vis de ces banques, et que le remboursement ne suit pas aussi facilement […], il va s’en dire que ça crée des problèmes », justifie l’activiste.
L’intervenant parle d’un phénomène « structurel » plutôt que conjoncturel, évoquant un montant d’environ 5 000 milliards de francs guinéens mobilisés auprès des banques primaires.
Une situation qui, selon lui, affecte directement la capacité des établissements à honorer les retraits des déposants.
Des difficultés concrètes d’accès aux liquidités
Pour illustrer ses propos, Ibrahima Balaya Diallo a décrit des difficultés personnelles d’accès à ses propres fonds, traduisant selon lui une crise de confiance généralisée.
« Depuis le mois de mars, je n’ai pas pu faire un retrait de 2 millions. Ce n’est pas possible. […] A chaque fois que tu as l’occasion, tu fais un retrait », relate M. Diallo, évoquant également des difficultés dans les services de monnaie électronique.
« J’ai fait plus de dix points d’Orange Money pour pouvoir retirer 150 000 francs », se confie-t-il.
Selon lui, cette situation alimente des comportements de thésaurisation et fragilise davantage le système financier.
« Quand on sait qu’on ne peut plus retirer son argent quand on le souhaite, […] vous allez le thésauriser, vous allez le garder chez vous », a admis ce militant de la société civile.
Un appel à restaurer la confiance
Face à ces constats, l’acteur de la société civile appelle l’État à honorer ses engagements financiers envers les banques afin de rétablir la fluidité du système.
« L’État doit rembourser ce qu’il doit aux banques primaires déjà. Ça va faciliter les choses. », a-t-il conseillé.
Par ailleurs, Monsieur Ibrahima Balaya Diallo met en garde contre certaines solutions avancées dans le débat public, comme un éventuel changement de monnaie, qu’il juge inadaptées.
« Une monnaie ne se change pas comme ça. […] Les gens sont plus malins que ça », a averti M. Diallo qui insiste sur la nécessité de restaurer la confiance, qu’il considère comme le fondement du fonctionnement économique.
« C’est un problème de confiance. […] Nous avons ce devoir de rappeler à l’État ses fondamentaux », conclut-il.
Dans un contexte marqué à la fois par des tensions géopolitiques internationales et des fragilités internes, ces déclarations mettent en lumière les défis économiques auxquels la Guinée est confrontée, entre dépendance extérieure et gestion des équilibres financiers domestiques.
Alphadjo Diallo





