En conférence de presse tenue ce mercredi 17 juin 2026 à la Maison de la presse, le Bloc libéral a détaillé les recours qu’il a introduits devant la Cour suprême à la suite des élections législatives récentes.
Au cœur de sa contestation, des écarts significatifs dans les résultats, des irrégularités dans l’organisation du scrutin et des anomalies dans la centralisation des procès-verbaux.
Prenant la parole, l’avocat du parti, Maître Thierno Souleymane Diallo, a d’abord mis en cause la crédibilité globale du processus électoral.
« Si nous voulons effectivement aller de l’avant, il faudrait que les institutions de la République reflètent vraiment la volonté populaire. Mais à ce stade, ce n’est pas le cas », a-t-il affirmé, évoquant « le désordre total » ayant caractérisé les opérations électorales.
Des irrégularités dans l’organisation du scrutin
Le Bloc libéral pointe notamment des défaillances logistiques. Selon ses responsables, du matériel électoral n’était pas disponible dans plusieurs bureaux de vote le jour du scrutin.
« Dans certaines localités, les matériels ont été acheminés à 2 heures du matin le jour même des élections », a indiqué Faya Lansana Millimouno, président d’honneur du parti.
Des insuffisances dans la formation des agents électoraux sont également dénoncées.
« Dans beaucoup de bureaux de vote, ceux qui étaient en charge ne savaient même pas comment remplir les procès-verbaux », a soutenu Me Diallo, évoquant même des cas où des documents auraient été remplis « non pas en français, mais en arabe ».
Le parti déplore en outre des entraves à la transparence du vote, notamment l’absence d’affichage des résultats dans certains bureaux, pourtant exigée par la loi.
« Les seuls vrais résultats sont ceux sortis des bureaux de vote après dépouillement public. Cela n’a pas eu lieu », a insisté M. Millimouno.
Des écarts chiffrés au cœur du recours
Le principal grief du Bloc libéral repose sur une divergence importante entre les résultats annoncés par la Direction Générale des élections (DGE) et ceux issus des procès-verbaux en sa possession.
Selon Maître Thierno Souleymane Diallo, la DGE attribue au parti 100 690 voix. Or, « sur la base des procès-verbaux de centralisation que nous avons pu obtenir, le Bloc libéral totalise 138 496 voix ». Il évoque ainsi « plus de 107 000 voix soustraites » au parti.
« Ce ne sont pas des opinions, ce sont des données objectives », a-t-il insisté, précisant que ces chiffres reposent sur 202 procès-verbaux collectés sur un total de 495.
Le parti affirme que, si ces résultats étaient pris en compte, il obtiendrait « au moins trois députés au lieu d’un seul ».
Docteur Faya Lansana Millimouno souligne que ces chiffres restent partiels.
« Nous n’avons que 202 procès-verbaux sur 495. Le total réel pourrait être bien supérieur », soutient-il, estimant que le score du parti pourrait dépasser les 250 000 voix si l’ensemble des données était disponible.
Contestation de la centralisation des résultats
Le Bloc libéral met également en cause les conditions de centralisation des résultats au niveau des CACV (centres de compilation). Il accuse certaines autorités d’avoir outrepassé leurs prérogatives en modifiant ou en recalculant des données.
« Si les procès-verbaux ne sont pas conformes, ils doivent être écartés, et non corrigés par un autre organe », a rappelé Me Diallo, dénonçant une violation des règles de procédure.
Le parti affirme aussi que ses représentants ont été, dans plusieurs cas, empêchés d’accéder aux opérations de centralisation ou de recevoir des copies des procès-verbaux, en contradiction avec les dispositions légales.
Appel à la Cour suprême
Face à ces éléments, le Bloc libéral dit avoir déposé un recours documenté auprès de la Cour suprême.
« Nous avons fourni des éléments de preuve irréfutables », a assuré Me Diallo, appelant la haute juridiction à vérifier elle-même les procès-verbaux en sa possession.
« La Cour dispose des copies. Elle peut établir la vérité des urnes », a renchéri Faya Lansana Millimouno.
Tout en reconnaissant les difficultés historiques liées à ce type de contentieux, l’avocat du parti a exprimé l’espoir d’un traitement impartial.
« Il serait honorable que la Cour, au-delà des affirmations, vérifie les données et rende une décision qui reflète réellement la volonté populaire », souhaite Maître Thierno Souleymane.
Le Bloc libéral demande non seulement la réintégration des voix qu’il estime avoir été « illégalement soustraites », mais aussi, dans certains cas, l’annulation des résultats dans des circonscriptions où des irrégularités jugées graves auraient été constatées.
Au-delà de son propre cas, le parti présente ce recours comme un enjeu pour l’ensemble du système politique.
« Il est important d’avoir une Assemblée nationale qui reflète la volonté populaire et qui puisse contrôler l’action gouvernementale », a conclu Me Diallo.
La décision de la Cour suprême est désormais attendue dans un contexte où la crédibilité du processus électoral est à nouveau au centre du débat public.
Alphadjo Diallo






