La Guinée a officiellement engagé une démarche auprès de la France en vue d’obtenir la restitution des restes de l’Almamy Bokar Biro, figure emblématique de la résistance à la conquête coloniale.
Selon les autorités guinéennes, la requête, formulée le 27 juillet, porte sur les crânes de l’ancien dirigeant du Fouta-Djalon ainsi que ceux de trois de ses proches, actuellement conservés au Musée de l’Homme, à Paris.
Cette initiative a été rendue publique par le ministre guinéen de la Culture, Moussa Moïse Sylla, lors d’une intervention sur Radio France Internationale (RFI). Elle s’inscrit dans une volonté de rapatrier les restes de cette personnalité historique afin de lui accorder des funérailles nationales, dans le respect des traditions locales.
La demande s’appuie sur un cadre juridique français récemment renforcé. Une loi adoptée en 2023 encadre en effet la restitution de restes humains conservés dans les collections publiques, facilitant les démarches engagées par plusieurs États africains.
D’après les autorités guinéennes, la procédure a été accélérée dans le sillage d’une requête distincte introduite à la mi-juillet concernant les effets personnels de Samory Touré, autre figure majeure de la résistance ouest-africaine.
C’est dans ce contexte que les autorités françaises ont confirmé, fin juillet, la localisation des restes de Bokar Biro et de ses compagnons, ouvrant la voie à la formalisation de la demande par Conakry.
Un comité scientifique a été mis en place côté guinéen pour accompagner le processus, dont l’aboutissement pourrait intervenir dans un délai estimé entre un et deux ans.
Sur le plan historique, Bokar Biro fut le dernier Almamy, chef politique et religieux de l’État théocratique du Fouta-Djalon, fondé au XVIIIe siècle. À la fin du XIXe siècle, il s’oppose à l’expansion coloniale française.
Selon Mohamed Amirou Conté, directeur du musée national de Guinée et membre du comité scientifique, il est exécuté en 1896.
Sa tête aurait ensuite été transférée en métropole par les troupes coloniales, dans une pratique alors répandue consistant à conserver des restes humains comme trophées de guerre.
Les autorités guinéennes indiquent qu’une fois rapatriés, ces restes ne feront pas l’objet d’une exposition publique.
Contrairement aux pratiques muséales occidentales, ils seront inhumés conformément aux rites locaux. Le lieu de sépulture reste à déterminer, entre Conakry et Timbo, ancienne capitale du Fouta théocratique.
Au-delà de l’enjeu mémoriel, cette démarche s’inscrit dans une dynamique plus large de restitution du patrimoine africain conservé en Europe, relançant les débats sur la gestion des héritages coloniaux et les modalités de leur retour aux pays d’origine.
Fodé Soumah






