L’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme (OGDH) a tiré la sonnette d’alarme sur les difficultés d’accès à la justice pour les populations vulnérables, à l’occasion d’une conférence de presse tenue à Conakry.
Placée sous le thème « Le renforcement de l’accès à la justice des personnes les plus vulnérables en République de Guinée », la rencontre a mis en évidence des dysfonctionnements structurels qui persistent, en dépit des réformes engagées dans le secteur judiciaire.
Un accès limité à l’assistance juridique
Intervenant devant la presse, le président de l’OGDH, Me Alpha Amadou DS Bah, également avocat au barreau de Guinée, a énuméré les difficultés rencontrées par les citoyens les plus démunis pour accéder à une défense légale.
En cause, notamment, le coût des services juridiques, jugé prohibitif pour une grande partie de la population.
Pour pallier ces insuffisances, l’organisation a mis en place plusieurs initiatives d’assistance juridique, avec l’appui de partenaires internationaux tels que l’Union européenne, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et le Royaume-Uni.
Ces actions incluent notamment la mise en œuvre de cliniques juridiques destinées à accompagner les personnes vulnérables.
Toutefois, l’OGDH relève que l’aide juridictionnelle, pourtant consacrée par la loi L/2022/012/CNT du 23 septembre 2022, demeure insuffisamment opérationnelle.
Les bureaux dédiés à ce dispositif, encore en phase de déploiement fin 2025, peinent à répondre aux besoins.
Une détention préventive jugée excessive
L’organisation a également dénoncé le recours jugé abusif à la détention préventive. Selon Me Bah, cette pratique dépasse fréquemment les délais légaux fixés par le Code de procédure pénale, qui prévoit des durées comprises entre quatre et douze mois pour les délits, et entre six et dix-huit mois pour les crimes.
Des données officielles, issues notamment d’une étude gouvernementale de 2016, faisaient déjà état de cas de détenus ayant attendu entre huit et treize ans avant d’être jugés.
Une tendance qui, selon l’OGDH, persiste. L’organisation indique ainsi que 63 % des détenus de la Maison centrale de Conakry seraient en attente de jugement, dont 16 % depuis plus de cinq ans.
Pour l’OGDH, cette situation constitue une atteinte au droit à un procès équitable dans un délai raisonnable, garanti par la Constitution guinéenne.
Des réformes en cours, mais des défis persistants
Depuis la prise de pouvoir du Comité national du Rassemblement pour le Développement (CNRD) en 2021, plusieurs réformes ont été engagées dans le secteur de la justice.
Celles-ci visent notamment à lutter contre la corruption et l’impunité, à travers l’opérationnalisation du Fonds d’aide juridictionnelle et la modernisation du système carcéral.
Nommé en février 2026, le ministre de la Justice, Ibrahima Sory II Tounkara, a annoncé une feuille de route axée sur la continuité des réformes et l’humanisation du système judiciaire.
Celle-ci prévoit, entre autres, des programmes de formation continue à l’intention des magistrats et des greffiers.
Malgré certaines avancées, telles que la construction de nouveaux tribunaux de première instance ou l’assistance apportée à plusieurs dizaines de détenus avec l’appui des Nations unies, l’OGDH estime que des efforts supplémentaires sont nécessaires.
L’organisation appelle ainsi les autorités à renforcer les mécanismes existants afin de garantir une égalité effective de tous les citoyens devant la loi.
Alphadjo Diallo






