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Chaîne pénale en Guinée: plusieurs dysfonctionnements révélés par l’OGDH ( étude)

by Mediaacte
14 mai 2026
in Actualités
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L’Organisation guinéenne de défense des droits de l’Homme et du citoyen (OGDH) a présenté, jeudi à Conakry, les résultats d’une étude consacrée au fonctionnement de la chaîne pénale en Guinée.

Menée dans plusieurs juridictions du pays, cette enquête met en évidence des dysfonctionnements structurels, notamment en matière de détention préventive, d’accès à la défense et de suivi des procédures judiciaires.

La conférence de presse s’est tenue en présence de Me Alpha Amadou DS Bah, président de l’OGDH, ainsi que de plusieurs autres membres de l’organisation. .

Juriste et consultant national ayant contribué à l’étude, Mamadou Malal Diallo a détaillé les principales conclusions du rapport, illustrées par des cas concrets.

Des durées de détention préventive largement au-delà des délais légaux

L’un des constats majeurs concerne le non-respect des délais légaux de garde à vue et de détention préventive. Selon Mamadou Malal Diallo, certaines pratiques consistent à prolonger artificiellement la garde à vue en incluant les week-ends dans le calcul des 48 heures légales.

« Souvent, on convoque les gens le vendredi et ils restent jusqu’au lundi. Cela prête à confusion, mais c’est sciemment fait », a-t-il affirmé.

Au-delà de ces dérives, l’étude documente des cas extrêmes de détention prolongée. Un exemple cité remonte à 1991 : un individu arrêté pour meurtre a été détenu jusqu’en 2008, soit 16 ans, sans avoir été présenté à un juge ni jugé.

« Il est resté 16 ans en détention avant d’être libéré, sans jugement », a précisé le consultant.

Des cas plus récents illustrent la persistance du phénomène. À Dixinn, des prévenus placés sous mandat de dépôt en août 2016 pour vol à main armée n’ont comparu pour la première fois qu’en janvier 2026, après près de dix ans de détention provisoire.

Accès limité à la défense et irrégularités procédurales

L’étude met également en évidence des entraves à l’exercice des droits de la défense. Des avocats interrogés dénoncent des difficultés d’accès à leurs clients, certains interrogatoires étant menés en leur absence.

« On entend souvent les personnes avant l’arrivée de leurs avocats, ce qui entraîne des procès-verbaux contestés ou rejetés », a expliqué Mamadou Malal Diallo.

Par ailleurs, l’absence d’un système d’adressage structuré complique la localisation des justiciables, notamment ceux placés sous contrôle judiciaire, entravant ainsi le suivi des procédures.

Manque de suivi des dossiers et lenteurs judiciaires

Le rapport pointe un déficit de suivi dans le traitement des dossiers, notamment au niveau des recours. Un cas évoqué concerne un détenu dont le pourvoi en cassation n’a été transmis à la Cour suprême que trois ans après son introduction, sans qu’il ne soit encore examiné.

« Il a déjà purgé une grande partie de sa peine sans que son recours ne soit traité », a-t-il indiqué.

De même, plusieurs demandes de libération conditionnelle ou de réduction de peine restent sans réponse, certaines ayant été introduites à plusieurs reprises sans suite.

Insuffisance de l’aide juridictionnelle

L’absence de financement du dispositif d’aide juridictionnelle constitue un autre obstacle majeur. Bien que le cadre légal existe, son application reste limitée, rendant difficile l’accès à un avocat pour les détenus les plus démunis.

« Quand quelqu’un n’a pas les moyens, sa défense ne peut pas être efficace », a souligné le juriste.

Surpopulation carcérale et recours excessif à la détention préventive

L’étude révèle également une forte proportion de détenus en attente de jugement. À la maison centrale de Conakry, les prévenus représenteraient près de 99 % de la population carcérale, contribuant à la surpopulation.

Disparités dans les décisions judiciaires

Autre point soulevé : le manque de cohérence dans les décisions judiciaires. Mamadou Malal Diallo évoque des peines similaires prononcées pour des infractions de gravité très différente.

« Un individu condamné à trois ans pour vol de marmites, et un autre à la même peine pour viol sur mineure : cela pose la question de la cohérence des décisions », a-t-il relevé.

Il note également une célérité variable dans le traitement des dossiers, souvent liée à leur médiatisation.

Difficultés logistiques et sociales

Enfin, l’étude met en avant des contraintes logistiques, notamment en matière de transfèrement des détenus et de rapprochement familial. Le manque de moyens de transport et l’éloignement géographique des centres de détention compliquent les visites des proches.

Sur le plan social, la réinsertion des anciens détenus reste problématique, favorisant les cas de récidive. Des témoignages font état de ruptures familiales et d’un rejet social durable.

Des avancées encore limitées malgré l’intervention de l’OGDH

Au-delà du diagnostic, l’étude met en lumière quelques résultats obtenus dans le cadre du projet porté par l’OGDH, même si leur portée reste jugée modeste face à l’ampleur des dysfonctionnements identifiés.

Au total, 30 dossiers de détenus démunis ont été pris en charge dans les juridictions de Kaloum, Mafanco, Dixinn, Kindia et Labé, avec l’appui de cinq avocats. Cette assistance a permis l’obtention de 17 décisions en matière correctionnelle. Par ailleurs, quatre dossiers criminels sont en cours d’examen, tandis que neuf autres restent en attente de jugement.

Dans les juridictions de l’intérieur du pays, certaines audiences ont également permis de débloquer des situations. À Boké, lors de la session du 30 janvier 2026, 16 accusés, poursuivis notamment pour viol, assassinat et vol, ont été jugés. Cinq ont été acquittés et remis en liberté sur-le-champ.

À Kankan, le 30 mars 2026, cinq affaires ont été examinées, avec des peines prononcées allant d’un an d’emprisonnement à la réclusion criminelle à perpétuité.

Ces avancées, bien que ponctuelles, traduisent l’apport d’un accompagnement juridique ciblé, tout en soulignant les limites d’un dispositif encore insuffisant pour répondre aux besoins des justiciables les plus vulnérables.

Des recommandations

À travers cette étude, l’OGDH appelle à des réformes structurelles du système judiciaire guinéen, notamment en matière de respect des délais de procédure, de renforcement de l’aide juridictionnelle et d’amélioration des conditions de détention.

Les conclusions de ce rapport relancent le débat sur l’efficacité et l’équité de la justice pénale en Guinée, dans un contexte marqué par de fortes attentes en matière de respect des droits fondamentaux.

Alphadjo Diallo 

 

Tags: Chaîne PénaleGuinéeJusticemediaacte.comOGDH
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