A trois jours de la reprise officielle des cours fixée au 5 janvier 2026, le système éducatif guinéen tente de retrouver la normalité après plusieurs semaines de perturbations liées à un mouvement de grève déclenché par une partie des syndicats du secteur.
Ces perturbations avaient conduit les autorités à envoyer les élèves en congés anticipés, dans un contexte marqué par des tensions et des incidents sécuritaires, notamment dans certains établissements privés.
C’est dans ce climat que les principales associations des écoles privées ont tenu, vendredi 2 janvier 2026, une conférence de presse à la Maison de la presse de Guinée, à Conakry.
L’initiative est portée conjointement par l’Association guinéenne des écoles privées (AGEP), l’Association des fondateurs des écoles privées de Guinée (AFEP-GUI) et l’Association des promoteurs des écoles privées (APEP).
Introduisant la rencontre, le modérateur Bella Bah a rappelé que les établissements privés ont été particulièrement touchés lors des dernières tensions.
« Vous avez tous fait le constat, lors de la dernière grève, qu’il y a eu assez de violences sur les écoles privées, alors que nous ne sommes ni de près ni de loin concernés par cette grève », a-t-il déclaré, soulignant la nécessité pour les associations de « parler d’une seule et unique voix » afin d’alerter l’opinion.
Une déclaration conjointe pour dénoncer les violences
Dans une déclaration lue par le doyen Ibrahima Sory Souaré, les trois associations ont porté à la connaissance de l’opinion nationale et internationale les violences subies par plusieurs établissements privés à travers le pays.
Selon le document, ces actes ont causé d’importants dégâts matériels, des blessés graves » et ont surtout entraîné « la mort tragique de l’élève Kadiatou Soumah, inscrite au Groupe scolaire La Haute Marée 2, à Hamdallaye CBG.
Les associations ont exprimé leurs condoléances à la famille de la victime, à son établissement et à l’ensemble de la communauté éducative, tout en condamnant ’’avec la plus grande fermeté’’ des actes qualifiés d’’’inadmissibles’’, rappelant qu’ils constituent des infractions prévues et punies par le Code pénal guinéen.
Par ailleurs, ces associations ont appelé l’État à ’’assumer pleinement son rôle régalien de protection des citoyens et des infrastructures éducatives’’, exhortant l’ensemble des acteurs (syndicats, parents d’élèves et acteurs sociaux ) à privilégier le dialogue afin de ne pas compromettre la progression normale de l’année scolaire.
A défaut de garanties sécuritaires, les écoles privées préviennent qu’elles pourraient être’’ contraintes de suspendre les cours afin de préserver la vie des élèves et des enseignants’’.
Le témoignage d’un drame survenu en milieu scolaire
Moment particulièrement marquant de la conférence, le témoignage de Macky Dieng, représentant du Groupe scolaire La Haute Marée 2, est revenu en détail sur les circonstances du décès de l’élève Kadiatou Soumah, survenu le 14 décembre 2025.
Selon lui, les cours se déroulaient ’’dans une atmosphère normale’’ lorsque des groupes d’élèves extérieurs ont commencé à proférer ’’ des injures et des menaces à l’endroit des établissements publics et privés’’. Ainsi, raconte-t-il, la panique qui s’en est suivie a provoqué une interruption des cours.
« Les cris continuaient de plus belle », a-t-il expliqué, évoquant un climat de peur généralisée.
C’est dans cette confusion, ajoute-t-il, que l’élève Kadiatou Soumah, ainsi qu’une autre élève, Mariam Diallo, ont fait un malaise.
Si la seconde a pu être réanimée, la première n’a pas survécu malgré les tentatives de secours et son évacuation vers un centre médical.
« Elle est morte… suite à cet arrêt cardiaque suscité par cette panique-là », a relaté Macky Dieng, appelant à une implication plus forte des autorités éducatives et sécuritaires pour éviter la répétition de tels drames.
Les écoles privées s’en remettent à l’État pour la reprise
S’exprimant au nom des trois associations, le président de l’AGEP, Abdoulaye Hady Diallo, a insisté sur le caractère solennel de la démarche.
« L’objectif, c’est d’abord interpeller, ensuite alerter et surtout condamner fermement les violences que les écoles privées ont subies récemment », a-t-il déclaré.
A propos de la reprise des cours, il a indiqué que les établissements privés s’en tiennent au calendrier officiel.
« Nous nous en tenons au communiqué du gouvernement fixant la reprise des cours le 5 janvier 2026 », a-t-il affirmé, tout en conditionnant cette reprise à un minimum de garanties sécuritaires.
« Ce que nous avons déjà subi, nous ne souhaitons plus ça, plus jamais ça en République de Guinée », a-t-il martelé, rappelant que « la violence, d’où qu’elle provienne, n’est pas tolérable ».
Tout en reconnaissant le droit constitutionnel de grève, les responsables des écoles privées dénoncent un climat de tension incompatible avec la sécurité des élèves.
« Il n’est pas question de prendre un caillou et de casser la tête d’un enfant ou d’un enseignant », a insisté M. Diallo, appelant syndicats et autorités à ’’ se regarder les yeux dans les yeux’’ pour trouver des solutions durables.
À quelques jours de la reprise, l’atmosphère reste donc marquée par l’inquiétude, entre volonté de reprendre le chemin des classes et exigence de sécurité.
Un équilibre délicat, dans un secteur considéré par tous les acteurs comme déterminant pour l’avenir du pays.
Alphadjo Diallo




