La justice climatique s’est invitée au cœur des débats africains, lundi 26 janvier 2026, à l’occasion d’une réunion virtuelle des chefs d’État et de gouvernement consacrée aux enjeux d’adaptation et de développement du continent face au changement climatique.
S’exprimant lors de cette rencontre, le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Mahmoud Ali Youssouf, a dénoncé une ’’injustice persistante’’ dont l’Afrique continue de subir les conséquences, alors qu’elle ne représente qu’environ 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Un continent fortement exposé
Mahmoud Ali Youssouf a rappelé que l’Afrique se trouve ’’en première ligne d’une crise climatique qu’elle n’a pas provoquée’’.
Dans sa prise de parole, il a dressé un tableau marqué par la multiplication des sécheresses, la récurrence des inondations, l’intensification des vagues de chaleur et la hausse des températures, des phénomènes qui fragilisent les économies, dégradent les écosystèmes et affectent les conditions de vie de millions de personnes.
Selon lui, ces perturbations climatiques risquent de compromettre des décennies d’efforts de développement dans des pays déjà confrontés à la pauvreté, à l’endettement et à des inégalités structurelles. Il a également souligné les liens croissants entre changement climatique, exode rural, migrations et instabilités politiques sur le continent.
Des besoins financiers croissants
Cette intervention intervient dans un contexte de financements climatiques internationaux jugés insuffisants, voire en recul, alors que les besoins d’adaptation de l’Afrique augmentent.
Le président de la Commission de l’UA a estimé que la situation dépasse désormais le cadre de l’urgence environnementale pour devenir une question de développement, de justice et de sécurité.
Les institutions africaines et leurs partenaires évaluent à plusieurs centaines de milliards de dollars par an les ressources nécessaires pour financer l’adaptation et la résilience du continent. Les engagements actuels restent cependant en deçà de ces estimations.
Mahmoud Ali Youssouf a plaidé pour un financement climatique « équitable, significatif et prévisible », rappelant la demande africaine en faveur d’un mécanisme disposant de ressources suffisantes pour couvrir les pertes et dommages liés aux effets du changement climatique.
L’Afrique, acteur de solutions
Le président de la Commission de l’UA a également mis en avant les capacités du continent à contribuer aux solutions climatiques mondiales. Il a cité, entre autres, le potentiel de la jeunesse africaine, le développement de l’agriculture climato-intelligente, les ressources en énergies renouvelables, ainsi que les projets d’infrastructures et les solutions fondées sur la nature.
Il a souligné que l’atteinte des objectifs climatiques mondiaux dépend en partie de l’Afrique, tout en rappelant que le continent ne peut exploiter pleinement ce potentiel sans un accès élargi et prévisible aux financements d’adaptation.
Vers la phase AAAP 2.0
Parmi les initiatives évoquées figure l’Africa Adaptation Acceleration Program (AAAP), porté par la Banque africaine de développement et le Global Center on Adaptation, qui vise à mobiliser 25 milliards de dollars pour l’adaptation d’ici 2025.
Mahmoud Ali Youssouf a insisté sur l’importance du lancement de la phase AAAP 2.0 pour la période 2026–2030. Cette nouvelle étape ambitionne de mobiliser des financements à grande échelle, de stimuler l’investissement privé, d’intégrer la résilience climatique dans les politiques de développement et de placer les populations, notamment les femmes et les jeunes, au centre des stratégies.
Selon la feuille de route adoptée par les partenaires, AAAP 2.0 se concentrera sur la préparation des systèmes alimentaires africains face au changement climatique, le renforcement de la résilience des infrastructures et des zones urbaines, ainsi que le déploiement d’instruments financiers capables d’attirer des capitaux nationaux et internationaux.
L’adaptation comme levier de développement
En conclusion, le président de la Commission de l’UA a rappelé que l’adaptation constitue un élément central du développement du continent. Il a appelé à intégrer la résilience climatique dès la conception des projets d’infrastructures, des services sociaux et des politiques agricoles.
Il a enfin invité les États africains, les partenaires techniques et financiers, le secteur privé et la société civile à renforcer leur mobilisation afin de faire de l’adaptation un facteur de croissance, de stabilité et de justice sociale, soulignant que la justice climatique est désormais indissociable des enjeux de sécurité et de prospérité partagée.
Alphadjo Diallo






