Dans un contexte post-électoral marqué par des tensions latentes et une forte circulation de rumeurs, la région de Labé a été, le mercredi 7 janvier 2026, le théâtre d’une série d’actions citoyennes axées sur la prévention des violences et la consolidation du vivre-ensemble.
Ces initiatives s’inscrivent dans le cadre du projet ’’Actions citoyennes pour des élections paisibles en Guinée’’, financé par l’Union européenne, avec l’appui technique du Réseau Ouest Africain pour l’Édification de la Paix (WANEP), et mis en œuvre par TDS-Guinée en collaboration avec RAGVD-Guinée.
A travers des approches participatives mêlant dialogue communautaire, médias et expression artistique, le projet ambitionne de réduire les risques de violences post-électorales dans des zones identifiées comme sensibles.
Kouroumangui : un forum communautaire pour désamorcer les tensions
A Kouroumangui, l’agenda initial a été réajusté afin de répondre au contexte local. La représentation théâtrale prévue à cet effet a cédé la place à un forum communautaire de grande envergure, organisé dans l’enceinte de la mairie.
L’objectif est d’ouvrir un espace de dialogue inclusif sur l’impact des rumeurs, de la désinformation et des discours de haine sur la cohésion sociale.
Réunis en plénière sous les arbres, près de 400 participants, issus notamment des associations de jeunes et de femmes, ont pris part aux échanges. La mobilisation a bénéficié du soutien institutionnel de la Délégation spéciale de Kouroumangui, ainsi que de l’apport de personnes ressources, dont le président du Conseil préfectoral de la société civile de Labé.
A l’issue des discussions, un sentiment de prise de conscience collective se dégageait au sein de l’assistance.
« Ce forum nous a ouvert les yeux. Souvent, nous partageons des informations sur nos téléphones sans savoir si c’est vrai. On a compris aujourd’hui que vérifier avant de s’énerver peut sauver notre village d’un conflit inutile », confie Mamadou Dian, jeune leader local.
Un constat partagé par les femmes, particulièrement exposées aux conséquences des violences communautaires.
« En tant que mères, nous sommes les premières victimes quand la violence éclate. Entendre les activistes nous expliquer comment les rumeurs sont fabriquées pour nous diviser nous donne la force de dire non à la manipulation dans nos quartiers », se réjouit Hadja Aminatou Diallo, représentante d’un groupement féminin.
Les ondes au service de la paix
La sensibilisation s’est poursuivie dans la soirée à travers une émission interactive spéciale diffusée sur les ondes de BETA FM, radio de grande écoute dans la région.
Pendant plus d’une heure, experts et acteurs communautaires ont décortiqué les mécanismes de la désinformation en période post-électorale et répondu aux préoccupations des auditeurs.
L’intérêt suscité s’est traduit par un standard téléphonique saturé, signe d’une forte attente des populations en matière d’information fiable.
« Nous recevons énormément de messages d’auditeurs qui demandent que ces débats soient multipliés. Les gens ont soif de vérité et de calme après l’effervescence des urnes », a souligné l’un des animateurs de la station.
Popodara : le théâtre participatif comme outil pédagogique
Après Kouroumangui, la dynamique s’est poursuivie le 8 janvier 2026 à Popodara, avec la présentation d’un théâtre participatif par la Troupe Carrefour Afrique.
A travers des scènes inspirées des réalités locales, le spectacle a illustré les conséquences des rumeurs et des violences post-électorales, tout en invitant le public à proposer des alternatives pacifiques.
Cette approche, fondée sur l’interaction entre comédiens et spectateurs, vise à susciter une réflexion collective et à encourager des changements de comportements au sein des communautés.
Un enjeu de stabilité et de prévention durable
Ces activités s’inscrivent dans un calendrier plus large de sensibilisation déployé bien avant le scrutin présidentiel du 28 décembre dernier.
Pour les organisateurs, il s’agit de prévenir toute escalade de tensions dans des zones où la frustration et la méfiance pourraient fragiliser le tissu social.
La caravane citoyenne devrait se poursuivre dans les prochains jours vers d’autres localités, notamment Yomou, avec pour fil conducteur la promotion d’une ’’salubrité informationnelle’’, considérée comme un levier essentiel pour des élections apaisées et une cohésion sociale durable.
Alhassane Baldé






