Les flux de migrants et de réfugiés empruntant les routes maritimes vers l’Europe ont fortement reculé depuis le début de l’année, mais ce repli s’accompagne paradoxalement d’une hausse du nombre de morts et de disparus, selon de nouvelles données publiées ce jeudi 17 septembre 2026 par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).
D’après la Matrice de suivi des déplacements (DTM) et le Projet sur les migrants disparus de l’OIM, près de 60 000 personnes avaient atteint les côtes européennes par mer au 15 septembre 2026, contre 98 040 sur la même période en 2025, un recul de 39 %.
Dans le même temps, au moins 2 292 personnes sont mortes ou ont disparu en tentant la traversée, contre 1 999 l’année précédente. L’OIM continue de qualifier la Méditerranée et l’Atlantique de routes maritimes les plus meurtrières au monde.
Italie : la baisse la plus nette, mais un bilan humain alourdi
C’est sur la route de la Méditerranée centrale, principal itinéraire reliant l’Afrique du Nord à l’Italie, que le recul des arrivées est le plus marqué : -55 %, avec 21 393 arrivées contre 48 231 un an plus tôt.
Malgré cette chute, les décès y sont passés de 844 à 996. Cette route reste étroitement liée à la politique migratoire menée par la présidente du Conseil italienne Giorgia Meloni, qui a fait de la lutte contre l’immigration irrégulière une priorité depuis son arrivée au pouvoir en 2022, en concluant des accords avec des pays d’Afrique du Nord comme la Tunisie et la Libye et en renforçant l’encadrement des ONG de sauvetage en mer.
Grèce : un basculement vers des trajets plus dangereux
En Méditerranée orientale, la Grèce a enregistré 20 428 arrivées, contre 25 427 l’an dernier — une baisse plus limitée que celle observée en Italie.
Les décès y ont en revanche bondi de 284 à 417, une hausse d’environ 47 %. Une partie de cette évolution s’explique par le report d’une partie des candidats à la migration vers la Crète, en partant de l’est de la Libye, un trajet nettement plus long et périlleux que la traversée de la mer Égée depuis la Turquie.
Espagne : un bilan qui reste très lourd
Sur les routes de l’Atlantique et de la Méditerranée occidentale menant vers l’Espagne, 16 794 arrivées ont été recensées, contre 22 855 précédemment. Les décès y demeurent élevés, à 879, notamment en raison de la dangerosité de la traversée atlantique entre l’Afrique de l’Ouest et les Canaries.
Des interceptions massives vers la Libye
Parallèlement, les garde-côtes libyens ont intercepté et renvoyé en Libye 17 067 migrants entre janvier et la mi-septembre 2026, selon des données suivies par l’OIM.
Des trajets de plus en plus risqués
Pour l’OIM, cette combinaison (recul des arrivées et hausse de la mortalité) traduit le fait que les migrants empruntent des itinéraires toujours plus dangereux pour tenter de rejoindre l’Europe, s’exposant davantage aux naufrages et à l’exploitation par des réseaux de passeurs.
L’organisation précise également ne pas établir, à ce stade, de lien direct entre le durcissement des politiques migratoires de certains pays européens et la baisse globale des arrivées.
L’appel de l’OIM à une réponse internationale
La directrice générale de l’OIM, Amy Pope, a insisté sur le caractère évitable de la quasi-totalité de ces décès et appelé à un renforcement de la coopération internationale, à la lutte contre les filières de traite et au développement de voies de migration sûres et régulières.
Elle a également souligné les conséquences humaines durables de ces disparitions, de nombreuses familles restant sans réponse sur le sort de leurs proches, parfois pendant des années.
L’OIM indique poursuivre sa collaboration avec ses partenaires régionaux pour renforcer la protection des migrants, soutenir les retours volontaires et faire la lumière sur le sort des personnes disparues, dans le cadre du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.
L’organisation rappelle enfin que ces chiffres, fondés sur les incidents vérifiés jusqu’au 15 septembre, sous-estiment probablement la réalité, un nombre inconnu de naufrages et de disparitions n’étant jamais recensé.
Mariam Sylla






