Edito sur Violences-La sidération collective observée ces derniers jours en Guinée n’est pas un simple sursaut émotionnel. Elle traduit un basculement : celui d’une société confrontée à la répétition de crimes qui, par leur nature et leur brutalité, entament les fondements mêmes du vivre-ensemble.
L’affaire de Mandiana, marquée par des viols répétés de mineures, filmés puis diffusés, a agi comme un révélateur d’une réalité plus profonde : la recrudescence des violences sexuelles visant les enfants.
Le mouvement « Jeudi Noir », largement relayé sur les réseaux sociaux, s’inscrit dans cette dynamique de refus. Au-delà du symbole (profils assombris, messages de deuil et de colère), il porte une interpellation directe de l’État et de ses institutions.
Pour la journaliste et activiste Hassatou Lamarana Bah, cette mobilisation traduit une exaspération face à ce qui est perçu comme une banalisation progressive de l’horreur. La diffusion des actes criminels sur internet, sans crainte apparente de poursuites, alimente ce sentiment d’impunité.
Dans ce contexte, la proposition de rendre systématique la castration chimique comme peine complémentaire pour les auteurs de viols sur mineures s’impose dans le débat public. Présentée comme un traitement médicamenteux visant à inhiber les pulsions sexuelles, cette mesure suscite à la fois adhésion et interrogations. Elle révèle surtout une demande sociale forte : celle d’un durcissement de l’arsenal répressif face à des crimes jugés insupportables.
Mais la réponse ne saurait être exclusivement pénale. L’efficacité d’une politique publique en matière de lutte contre les violences sexuelles repose sur un triptyque : prévention, répression et prise en charge des victimes. Or, en Guinée, ces trois dimensions apparaissent encore fragiles. La prévention reste insuffisamment structurée, notamment dans les milieux scolaires et communautaires.
La répression, quant à elle, se heurte à des lenteurs judiciaires et à des obstacles liés à la preuve et à la protection des victimes. Enfin, l’accompagnement psychosocial demeure largement sous-dimensionné.
L’interpellation adressée au président Mamadi Doumbouya et à la ministre de la Femme, Patricia Lamah, dépasse ainsi le cadre d’une revendication sectorielle. Elle pose la question de la capacité de l’État à garantir la sécurité des plus vulnérables. Protéger les mineures contre les violences sexuelles n’est pas une cause catégorielle ; c’est un impératif régalien.
La séquence actuelle met également en lumière le rôle croissant de la société civile et des mouvements féministes dans la structuration du débat public. Pétitions, consultations nationales, plaidoyers : autant d’outils mobilisés pour peser sur l’agenda législatif. Cette pression citoyenne pourrait constituer un levier décisif, à condition qu’elle se traduise par des réformes concrètes et applicables.
Au fond, la question posée est simple : jusqu’où faudra-t-il aller pour que ces crimes cessent d’être récurrents ? Tant que la réponse restera partielle, fragmentée ou tardive, le risque est grand de voir se répéter des drames similaires. La lutte contre les violences sexuelles sur mineures exige une mobilisation totale (juridique, institutionnelle et sociétale). Elle appelle surtout à une volonté politique claire, capable de transformer l’indignation en action durable.
Alphadjo Diallo

