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Violences faites aux femmes : MALAFF-Guinée plaide pour un examen approfondi de la convention de l’UA

by Mediaacte
29 septembre 2026
in Actualités, Société
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À Conakry, la Maison du Leadership et d’Accompagnement des Filles et Femmes de Guinée (MALAFF-Guinée) a lancé la campagne « Pause for Purpose », consacrée à la Convention de l’Union africaine sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles.

Lors d’une conférence de presse, sa directrice exécutive, Oumou Hawa Diallo, et la directrice exécutive de Wafrica, madame Hann Fatoumata Binta Souaré, ont exposé les préoccupations de la société civile féministe et plaidé pour un processus de révision et de consultation avant la ratification du texte.

La Convention de l’Union africaine sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles était au centre des échanges à Conakry. À travers le lancement de la campagne « Pause for Purpose », la MALAFF-Guinée souhaite faire entrer dans le débat public les interrogations portées par plusieurs organisations féministes sur le contenu du texte et le processus ayant conduit à son élaboration.

Face aux journalistes, la directrice exécutive de MALAFF-Guinée, Oumou Hawa Diallo, a d’abord reconnu l’importance de l’adoption de cette convention par l’Union africaine.

« Nous reconnaissons et saluons le travail accompli pour faire avancer cette convention », a-t-elle déclaré, tout en soulignant que la responsabilité des organisations féministes consiste également, selon elle, à examiner le texte avec exigence.

Pour la responsable de MALAFF-Guinée, l’enjeu ne réside pas uniquement dans l’existence d’un instrument juridique continental, mais dans sa capacité à assurer concrètement la protection des femmes et des filles.

« Notre objectif n’est pas simplement d’avoir une convention. Notre objectif est d’avoir une convention qui protège réellement les femmes et les filles », a-t-elle expliqué.

« Pause for Purpose » : pourquoi demander une pause ?

Oumou Hawa Diallo a ensuite présenté le sens de la campagne « Pause for Purpose ». Selon elle, cette initiative portée par des organisations de la société civile africaine appelle à suspendre le processus de ratification afin de permettre un examen et un éventuel renforcement du texte.

Plus loin, la responsable de MALAFF-Guinée a toutefois tenu à préciser la portée de cette démarche.

« Pause for Purpose n’est pas un rejet de la convention. Ce n’est pas une opposition à l’Union africaine. Ce n’est pas une remise en cause des avancées obtenues », a-t-elle affirmé.

Elle a également rejeté l’idée que la campagne viserait à ralentir la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles.

« C’est exactement l’inverse », a-t-elle soutenu, expliquant que la pause demandée doit permettre, selon les organisations, de disposer d’un traité « véritablement transformateur, inclusif, applicable et ancré dans les réalités vécues des femmes et des filles africaines ».

Des consultations qui soulèvent des interrogations

Pour étayer leur position, les organisations féministes mettent en avant les résultats de consultations organisées en 2025 autour de la convention.

Selon Oumou Hawa Diallo, quatre webinaires ont réuni 571 participants et participantes. Elle affirme que 93 % des participants n’avaient pas pris part au processus de consultation ou de rédaction de la convention.

Pour la directrice exécutive de MALAFF-Guinée, ce constat soulève une question sur la participation de la société civile au processus d’élaboration du texte.

« Comment construire un instrument juridique qui prétend transformer la vie de millions de femmes et de filles sans garantir leur participation significative à son élaboration et à sa révision ? », a-t-elle interrogé.

Elle a également évoqué une lecture publique et stratégique de la convention, organisée du 15 au 17 septembre 2025 par des juristes, chercheurs, organisations de la société civile, défenseurs des droits humains et activistes féministes.

Selon les résultats présentés par la conférencière, plus des deux tiers des articles examinés auraient été considérés comme nécessitant une révision ou une clarification.

Pour MALAFF-Guinée, ces observations doivent être considérées comme une possibilité d’améliorer le texte plutôt que comme une remise en cause de son principe.

Définitions, violences numériques et pratiques néfastes

Oumou Hawa Diallo a ensuite présenté plusieurs points qui, selon les organisations féministes, méritent une attention particulière.

Le premier concerne les définitions utilisées dans la convention. Elle estime que certains concepts doivent être précisés afin que les obligations prévues par le texte soient suffisamment claires.

La responsable de MALAFF-Guinée a notamment cité le cyberespace et les violences facilitées par les technologies.

Elle a également évoqué certaines pratiques considérées comme néfastes, notamment les mutilations génitales féminines ainsi que les mariages d’enfants et forcés.

Selon elle, lorsqu’une pratique constitue une forme de violence, elle doit être clairement identifiée comme telle et être directement reliée aux obligations des États en matière de prévention, de protection et de réponse.

L’accès à la justice au centre des préoccupations

La protection des survivantes et leur accès à la justice constituent un autre volet du plaidoyer présenté lors de cette conférence. Oumou Hawa Diallo a insisté sur la nécessité de garantir aux survivantes une assistance juridique accessible et de qualité, ainsi qu’un accompagnement dans les procédures.

Elle a également appelé à prendre en compte la situation des femmes et des filles en situation de handicap dans les systèmes judiciaires.

« Les procédures ne doivent pas contribuer à une nouvelle victimisation », a-t-elle déclaré.

La conférencière a par ailleurs évoqué les systèmes coutumiers et religieux, estimant qu’ils ne devraient pas être utilisés pour justifier des décisions contraires aux droits fondamentaux des femmes et des filles.

La protection des défenseures des droits des femmes

Autre sujet abordé : la situation des défenseurs des droits humains et des militantes féministes. Pour Oumou Hawa Diallo, la lutte contre les violences faites aux femmes ne peut être dissociée de la protection de celles et ceux qui les dénoncent.

Elle a rappelé le rôle joué par les organisations de femmes dans la documentation des violences, l’accompagnement des survivantes et le plaidoyer auprès des institutions.

« Elles doivent donc bénéficier d’une protection effective et inconditionnée », a-t-elle déclaré.

Selon elle, les activités de défense des droits des femmes ne devraient pas exposer les militantes à des menaces, des intimidations ou des représailles.

« Toutes les femmes et les filles doivent être prises en compte »

La question de l’inclusion constitue également un axe important du plaidoyer présenté par MALAFF-Guinée.

Oumou Hawa Diallo a cité différentes catégories de femmes et de filles dont les réalités doivent, selon elle, être prises en compte : adolescentes, femmes en situation de handicap, femmes vivant dans la pauvreté, travailleuses du secteur informel, femmes migrantes, femmes vivant en milieu rural et survivantes de violences.

Pour la responsable de MALAFF-Guinée, l’approche dite intersectionnelle ne devrait pas rester implicite dans la mise en œuvre de la convention. Elle demande notamment que les différentes catégories de femmes puissent bénéficier de garanties de protection et d’accès à la justice adaptées à leurs situations.

Fatoumata Binta Souaré : « La société civile a un rôle de veille »

Prenant, à son tour la parole, madame Hann Fatoumata Binta Souaré, directrice exécutive de Wafrica, a replacé la mobilisation dans le rôle traditionnel de la société civile dans les processus d’élaboration des textes de loi et des politiques publiques.

Selon elle, la société civile exerce d’abord une fonction de veille afin de s’assurer que les textes répondent aux besoins et aux intérêts des populations. Elle a également insisté sur son rôle d’influence dans le débat public et institutionnel.

C’est à partir de cette fonction que la responsable de Wafrica explique la position des organisations féministes sur le processus d’élaboration de la convention.

Elle estime que l’existence d’un instrument africain constitue une opportunité, notamment parce que les organisations du continent ont longtemps utilisé les instruments internationaux, dont la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, connue sous l’acronyme CEDAW ou CEDEF.

Mais, selon elle, un instrument africain doit pouvoir répondre aux réalités propres au continent.

Le mariage précoce comme exemple

Fatoumata Binta Souaré a notamment cité l’accès à l’éducation comme l’un des défis rencontrés par les jeunes filles en Afrique. Elle a établi un lien avec le mariage précoce, qu’elle considère comme l’un des obstacles à la scolarisation des filles.

« Comment un texte africain peut occulter de parler du mariage précoce ? », a-t-elle interrogé.

Pour elle, cette question peut également renvoyer au processus de consultation ayant précédé l’élaboration de la convention.

La responsable de Wafrica estime que certaines organisations ou personnes concernées pourraient ne pas avoir été suffisamment associées aux étapes clés du processus.

La société civile veut élargir les consultations

Au-delà de la conférence de presse, Fatoumata Binta Souaré a plaidé pour un travail de terrain permettant de recueillir les préoccupations des populations à travers le pays. Elle souhaite notamment que les ONG puissent consulter les femmes et les filles avec lesquelles elles travaillent au quotidien afin de documenter leurs besoins et leurs attentes.

La démarche devrait également, selon elle, inclure les hommes, les acteurs communautaires, les coutumiers et les responsables religieux.

La directrice exécutive de Wafrica estime que ces acteurs doivent eux aussi être informés et associés au processus. Elle dit notamment compter sur l’implication des responsables communautaires et religieux dans la mesure où, selon elle, ces acteurs ont un rôle dans le bien-être des communautés.

Un appel aux autorités guinéennes

Au terme de son intervention, Oumou Hawa Diallo a adressé un message particulier aux autorités guinéennes, en appelant l’État à prendre en considération les préoccupations exprimées par la société civile féministe et à soutenir un processus de révision qu’elle souhaite « transparent, inclusif et participatif » avant la ratification de la convention.

La responsable a toutefois insisté sur le fait que son organisation ne demande pas à la Guinée de rejeter le texte.

« Nous ne demandons pas à la Guinée de tourner le dos à la Convention. Nous lui demandons de contribuer à la rendre meilleure », a-t-elle déclaré.

Parmi les principales demandes formulées figurent l’identification des dispositions nécessitant des clarifications ou des renforcements, l’alignement avec les normes africaines et internationales de protection des droits humains, notamment le Protocole de Maputo, ainsi qu’un processus de consultation impliquant les organisations féministes, les femmes, les filles, les survivantes, les jeunes, les personnes en situation de handicap et les défenseurs des droits humains.

Les organisations demandent également un renforcement des obligations des États en matière de prévention, de protection, de justice et de soutien aux survivantes, ainsi que la mise en place de mécanismes de suivi, d’indicateurs mesurables, de collecte de données et de budgets dédiés à la mise en œuvre.

« Faire une pause aujourd’hui, ce n’est pas reculer »

Pour MALAFF-Guinée, le débat ne porte donc pas sur le principe de la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, mais sur les conditions permettant, selon l’organisation, de garantir l’effectivité des droits consacrés par la future convention.

« Nous ne voulons pas moins de protection pour les femmes et les filles. Nous voulons une protection forte », a résumé Oumou Hawa Diallo.

La campagne « Pause for Purpose » entend désormais poursuivre cette mobilisation en Guinée. Pour les organisations qui la portent, la période précédant une éventuelle ratification doit être mise à profit pour consulter, écouter et formuler des propositions d’amélioration.

Alphadjo Diallo

Tags: FéministesFillesGuinéeMALAFFONGViolences
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