Le différend qui oppose la société China Construction SAUSUM (Guinée) SARLU à l’entreprise guinéenne EDOUMAF BTP SARLU autour de travaux réalisés sur le site de la Cité Chemin de Fer, à Kaloum, connaît un nouveau développement, a-t-on appris des sources concordantes.
Après plusieurs échanges entre les deux parties et la présentation de documents contradictoires, le dossier a désormais pris une dimension judiciaire.
A l’origine du litige, des prestations réalisées dans le cadre du chantier de démolition et d’assainissement de la Cité Chemin de Fer. EDOUMAF BTP, qui intervenait comme sous-traitante de China Construction SAUSUM, affirme notamment avoir exécuté des travaux de démolition, de remblayage, de fouille de sous-sols et de nettoyage du site.
L’entreprise guinéenne soutient toutefois que certaines prestations supplémentaires n’auraient pas été entièrement réglées. Elle avance notamment une créance de 564 millions de francs guinéens, correspondant, selon son dirigeant, à des travaux supplémentaires d’évacuation réalisés sur le chantier.
Deux versions sur les travaux supplémentaires
Le principal point de désaccord porte sur la nature et la validation de ces prestations supplémentaires.
Selon Mamady Doumbouya, PDG d’EDOUMAF BTP, ces travaux auraient été négociés directement avec le chef de projet présent sur le chantier, en l’occurrence M. YESU.
L’entrepreneur affirme que celui-ci disposait, dans les faits, d’un rôle central dans l’organisation des travaux et les règlements effectués au cours de l’exécution du chantier.
M. Doumbouya affirme également que son entreprise avait déjà réalisé des prestations supplémentaires sur la base d’échanges avec ce responsable. Il cite notamment un premier devis d’imprévus d’un montant de 360 millions de francs guinéens, dont 320 millions auraient été versés dans un premier temps par M. YESU, les 40 millions restants ayant, selon lui, été complétés ultérieurement.
Pour l’entrepreneur guinéen, cette situation constitue un élément permettant de comprendre les relations opérationnelles qui existaient entre les deux entreprises sur le terrain.
China Construction SAUSUM présente une lecture différente du dossier. Par l’intermédiaire de son conseil, la société soutient que les travaux supplémentaires réclamés au titre des 564 millions de francs guinéens n’ont pas fait l’objet d’un accord contractuel formalisé et validé par la personne habilitée à engager financièrement l’entreprise.
La question de l’habilitation du chef de projet
Cette divergence fait apparaître une autre question au cœur du dossier : celle des pouvoirs dont disposait le responsable opérationnel présent sur le chantier.
Lors de son audition du 8 septembre 2026 à la Gendarmerie de l’Urbanisme et de l’Habitat, Wen Jun GAO, présenté comme ingénieur chargé des relations extérieures de China Construction SAUSUM, aurait contesté les accusations portées contre l’entreprise.
D’après les éléments rapportés au sujet de cette audition, la position défendue par la société est que M. YESU pouvait envisager ou organiser certaines opérations sur le terrain, mais qu’il ne disposait pas d’une délégation lui permettant d’engager financièrement la société sans validation écrite du gérant.
Cette question pourrait ainsi être déterminante pour apprécier la portée des engagements éventuellement pris lors de l’exécution des travaux.
Une procédure judiciaire désormais engagée
Le 8 septembre, Wen Jun GAO aurait été entendu par les officiers de police judiciaire dans le cadre de la plainte déposée par EDOUMAF BTP. Il l’a été en qualité de “personne soupçonnée”, selon les éléments communiqués à notre rédaction.
La procédure porte notamment sur des faits qualifiés, dans la plainte, d’‘’abus de confiance’’ et d’‘’escroquerie’’.
Interrogé par notre rédaction après cette audition, l’avocat de China Construction SAUSUM, Me Francis Haba, a confirmé l’existence de la procédure et maintenu la position de son client.
« Nous sommes en procédure, nos clients ont été effectivement auditionnés. On va poursuivre la procédure », a-t-il confié au bout du fil.
Selon l’avocat, le différend doit être apprécié à partir des engagements contractuels établis entre les parties. Il estime que les travaux supplémentaires invoqués par EDOUMAF BTP n’auraient pas fait l’objet d’un accord formel.
« Le montant contractuel est déterminé dans le contrat », a-t-il notamment expliqué, ajoutant que la question des éventuels travaux supplémentaires devra être examinée dans le cadre de la procédure judiciaire.
EDOUMAF BTP maintient ses prétentions
De son côté, Mamady Doumbouya maintient les réclamations de son entreprise et conteste l’interprétation défendue par la société chinoise.
Le PDG d’EDOUMAF BTP affirme notamment avoir entretenu des échanges avec plusieurs responsables de China Construction SAUSUM au sujet des travaux supplémentaires et indique disposer de documents susceptibles, selon lui, d’étayer sa version.
Il cite notamment des échanges avec le directeur administratif et le coordinateur général concernant les travaux correspondant aux 564 millions de francs guinéens réclamés.
L’entrepreneur conteste également la place désormais accordée à l’ingénieur entendu par les enquêteurs, affirmant ne pas avoir eu de relations directes avec lui pendant l’exécution des travaux. Il estime que les échanges opérationnels se faisaient principalement avec M. YESU, qu’il présente comme son principal interlocuteur sur le chantier.
Des documents à confronter
Le dossier comporte désormais plusieurs catégories de pièces produites par les deux parties. China Construction SAUSUM a notamment présenté, par l’intermédiaire de son conseil, des contrats et des justificatifs de paiement destinés à établir le cadre de ses relations financières avec EDOUMAF BTP. La société estime que ces documents permettent de déterminer les obligations respectives des deux entreprises.
EDOUMAF BTP affirme, pour sa part, disposer d’ordres de service, de procès-verbaux de constatation, de documents liés à l’état des lieux ainsi que de différents échanges intervenus pendant l’exécution du chantier.
La question centrale consiste donc à déterminer, à partir de ces différentes pièces, quelles prestations ont effectivement été commandées et réalisées, dans quelles conditions elles l’ont été, qui était habilité à les valider et quels paiements ont effectivement été effectués.
Un litige qui devra être tranché sur la base des pièces
A ce stade, aucune des versions présentées par les deux entreprises ne permet, à elle seule, de tirer une conclusion définitive sur les sommes éventuellement dues ou sur les responsabilités qui pourraient découler du différend.
La société China Construction SAUSUM invoque le respect du cadre contractuel et l’absence, selon elle, de validation formelle des travaux supplémentaires réclamés.
EDOUMAF BTP affirme, de son côté, avoir exécuté les prestations demandées sur la base d’instructions et d’échanges avec les responsables présents sur le chantier.
La procédure engagée devant les autorités compétentes devrait permettre d’examiner les contrats, factures, ordres de service, justificatifs de paiement, échanges entre les parties et, le cas échéant, les témoignages des différents intervenants.
En attendant les conclusions des autorités judiciaires, le différend entre les deux entreprises demeure donc un litige commercial et financier aux versions contradictoires, dont les éléments devront être établis à partir des pièces versées au dossier et des constatations effectuées dans le cadre de la procédure.
Dossier à suivre !
Alphadjo Diallo pour le Collectif des Journalistes contre l’Impunité






