Dans le dossier opposant le sous-traitant guinéen EDOUMAF BTP SARLU au groupe chinois China Construction SAUSUM (Guinée) SARLU autour d’une facture d’imprévus de 564 millions de francs guinéens, ce sont des échanges WhatsApp, associés à des courriers datés de juillet 2026, qui occupent une place centrale dans l’argumentaire du sous-traitant devant la Gendarmerie de l’Urbanisme et de l’Habitat.
Selon le PDG d’EDOUMAF BTP, contacté par un de nos reporters dans le cadre de cette enquête, Mamady Doumbouya, des captures de conversations WhatsApp ainsi que des courriers enregistrés dès le mois de juillet 2026 montreraient que le directeur administratif de la société chinoise, désigné dans le dossier sous le nom de M. Jean, suivait régulièrement l’avancement et le coût des travaux d’évacuation réalisés sur le site.
Doumbouya affirme que, dans ces échanges, l’interlocuteur chinois évoquait un règlement « à l’amiable » de ces frais, en dehors des procédures contractuelles formelles.
Pour l’entrepreneur guinéen, ces pièces viennent contredire la position défendue par le représentant de China Construction SAUSUM devant les enquêteurs, selon laquelle la direction n’aurait jamais été informée ni engagée sur ces prestations supplémentaires.
Doumbouya y voit un indice que l’information circulait bien au sein de la société chinoise, indépendamment de la question de savoir qui, formellement, avait le pouvoir d’engager l’entreprise.
Le retour à Conakry de M. Jean, revenu récemment de congé, est présenté par la partie guinéenne comme un moment potentiellement déterminant pour la suite de l’enquête, dans la mesure où il pourrait être amené à s’exprimer sur la teneur exacte de ces échanges.
La position de China Construction SAUSUM sur la portée de ces messages
Interrogé sur ce point, le conseil de China Construction SAUSUM, Me Francis Haba, n’a pas contesté l’existence d’échanges informels entre les équipes, mais il maintient que seul un engagement contractuel écrit, validé par une personne habilitée à engager financièrement la société, peut fonder une créance. Selon lui, le montant dû entre les parties est celui fixé par le contrat, et la question des travaux supplémentaires devra être appréciée dans ce cadre, et non sur la base de conversations informelles.
Cette ligne de défense rejoint l’argument plus large de l’entreprise chinoise, qui souligne que le chef de projet présent sur le chantier ne disposait, selon elle, d’aucune délégation financière lui permettant d’engager la société sans validation écrite du gérant. Un avis contesté par EDOUMAF BTP, qui affirme avoir traité directement avec ce responsable pour un précédent lot de travaux imprévus, réglé selon un schéma similaire.
Une pièce parmi d’autres à confronter
Ces échanges WhatsApp et courriers ne constituent qu’une partie des éléments versés au dossier.
China Construction SAUSUM, a, de son côté produit des contrats et des justificatifs de paiement destinés à établir le cadre de ses obligations financières envers EDOUMAF BTP.
L’entreprise guinéenne indique également disposer d’ordres de service et de procès-verbaux de constatation liés à l’exécution du chantier.
Il reviendra aux enquêteurs, puis le cas échéant à un tribunal, d’apprécier la valeur probante de ces échanges informels au regard du cadre contractuel invoqué par la partie chinoise, et de déterminer s’ils suffisent à établir l’existence d’un engagement financier.
Dossier à suivre !
Alphadjo Diallo pour le Collectif des Journalistes contre l’Impunité






